Le blason de NeuliseLe favicon blason rouge de la commune de Neulise

 
Étirée sur cette ligne de crête qui domine de quelques 500 mètres la plaine du Forez, Neulise possède un passé fascinant.

Il tient d’abord à l’origine de son nom : Novalisiae, tel qu’il figure dans le cartulaire de l’Abbaye de Savigny. Les « Novales » étaient le nom donné aux nouvelles terres défrichées gagnées sur la forêt ou la jachère. Les dîmes en étaient réservées au seul curé de la paroisse. D’autres villages de France leur doivent leur nom : Novalaise, Novale, Novel… et plus proche de nous, la commune de Neaux, autrefois Nuvalisia, puis Nuvales, Nouaulx, Naoulx, Neaux,…

Depuis l’an 1050 où la paroisse est dénommée « Ecclesia de Novalisiae », les registres de l’archevêché de Lyon nous livrent les transformations successives : Nuvelisia, Nualisia, Nulleysie, Nullize, Nulise… En 1275, notre curé, témoin du testament de Guy VI du Forez, signe : Artaudus de Nulisia.

La seigneurie, elle, est aux mains de la famille de Lorgue, dont les Chartes de Forez campent les profils des chevaliers et des Chanoines-Comtes de Lyon dès 1239.

De ce hameau de chez nous qui fut leur berceau de famille et dont la maison forte jalonnait le grand chemin transversal de Lyon à la Loire par Tarare, Joux, Saint-Just-la-Pendue, Saint-Marcel-de-Félines, Pinay,… sortirent plusieurs branches : celle de Villars à Saint-Just-la-Pendue, celle de La Place qui provigna à Pouilly les Nonains, celle de l’Aubépin à Fourneaux, celle de La Goutte à Amplepuis et celle de Fontenelle à Neulise.

L’héritage de la maison forte et des terres du patrimoine ancestral de Lorgue passa à la branche de Villars, puis à celle de l’Aubépin. Au hasard des alliances et des successions, Louis de Lorgue, seigneur dominant de Neulise et le plus marquant de sa race, réunit sous son règne de 1365 à 1409, un ensemble de 239 tenanciers dont les terres et maisons étaient réparties dans 16 villages de nos montagnes : Neulise, Amplepuis, Cordelle, Croizet, Fourneaux, Lay, Machézal, Neaux, Saint-Just-la-Pendue, Néronde, Saint-Symphorien-de-Lay, Saint-Marcel-de-Félines, Saint-Priest-la-Roche, Vendranges, Saint-Jodard, Pinay. Comme le soulignent Marguerite Gonon et Édouard Péroy, cette censive, précieusement conservée à la Diana, est l’une des plus importantes des monts du Matin.

La descendance de Louis de Lorgue s’éteint avec le mariage d’une fille unique, Louise de Lorgue, avec Girard de Semur à qui elle apporte le Château de l’Aubépin à Fourneaux. Le blason des Lorgue, écartelé avec celui des Semur, y existe encore, sculpté à droite sur le tablier d’une cheminée au rez-de-chaussée à droite du bâtiment : « DE GUEULES À TROIS ÉTOILES D’OR »

La famille de Lorgue eut ce privilège de voir plusieurs des siens appelés à devenir de grands serviteurs du Royaume de France.

Nicolas de Lorgue, parti en Égypte avec St-Louis pour la 8ème croisade, entra dans l’ordre des Hospitaliers de St-Jean-de-Jérusalem. Il fut d’abord nommé Maréchal de l’Ordre, Commandeur de Tripoli, et accéda à la dignité suprême du 21ème Grand Maître. On connait les correspondances qu’il a échangées avec Édouard 1er Roi d’Angleterre, avec Boémond vice-prince d’Antioche, Charles d’Anjou Roi de Naples, avec les grands prieurs de Castille, de Léon, de St-Gilles. Il décède en terre Sainte en 1289, après un voyage en France où il était venu lever des troupes.

Un autre Lorgue, de la branche d’Amplepuis, après avoir fait la campagne avec Philippe le Hardi, fut choisi par le souverain pour assumer les fonctions de Vice-Roi de Navarre. Le même Roi lui confia ensuite la responsabilité de Sénéchal de Nîmes et de Carcassonne.

Louis de Lorgue évoqué plus haut fut remercié par le roi Charles V « …pour l’avoir si bien servi dans ses guerres et spécialement contre les gens des compagnies, lesquels il grèvait et poursuivait chaque jour de tout son pouvoir pendant qu’ils occupaient la ville de Lay et faisaient guerre mortelle dans tout le pays… »

La famille de Lorgue donna encore à l’Église de France plusieurs chanoines à Lyon, au Puy, à Mâcon. L’un d’eux, Jehan de Lorgue, fonda la Grande Dîme de Neulise aussi appelée « la dîme des 15 curés » car il léguait à 15 d’entr’eux, pasteurs des paroisses où il avait des biens, les revenus de 40 Florins d’or pour célébrer chaque année des messes pour le repos de son âme et celles de ses parents.

Notre ville de Neulise peut-être fière de porter le blason d’une famille qui a donné de tels serviteurs au royaume.

Gabriel Fouillant